Tous les Articles par Vicky Lapointe

Des familles quittent Natashquan [1888]

Le Canadien, 21 septembre 1888

"La misère au Labrador

Mardi, la goëlette commandée par le capitaine A. E. Joncas, débarquait à Québec quatre familles venant de Natashquan, Côte du Labrador. De même que les cinq familles débarqués lundi du steamer ‘Other’, ces malheureux pêcheurs fuient la famine qui les menaçaient.

L’histoire racontée par ces malheureux est bien triste. Un chef de famille, père de sept enfants, dit qu’il a été obligé de fermer sa maison dans laquelle sont tous les meubles qu’il possédait.

Cette maison, qui vaut au moins quatre cents piastres, il l’a offerte pour quinze piastres et il n’a pas réussi à la vendre, car personne là-bas n’avait l’argent nécessaire. Il a aussi été forcé d’abandonner ses meubles vu qu’il n’avait pas les moyens de les apporter avec lui. Il dit aussi que le seul poële qu’il possédait, et qui lui avait coûté $16, a dû être laissé là, car personne ne pouvait lui payer la piastre qu’il en demandait.

Ces quatre familles vont aller s’établir dans le comté de Beauce, canton de Metgermette*, où déjà plusieurs familles venant du Labrador sont rendues."

*Canton de Metgermette: auj. Sainte-Aurélie et Saint-Zacharie.

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LE MOULIN DE METGERMETTE [SAINTE-AURÉLIE, 1874]

LES DANGERS DE LA DRAVE [1932]

RENCONTRE FATALE AVEC DES GARDES-CHASSE AMÉRICAINS [1902]

DES NOUVELLES D’UNE PAROISSE DE COLONISATION: SAINT-ZACHARIE DE METGERMETTE [1881]

Le bordel Dumas à Butte, Montana

J’avais prévu reprendre les publications sur ce blogue seulement en septembre, mais bon, difficile de résister à une bonne histoire.

Transportons-nous à Butte, Montana. En 1878, un natif de Saint-Hyacinthe, Joseph Nadeau, accompagné de son épouse Delia Rousseau et de leurs enfants, s’installent dans cette ville.

Joseph, un homme d’affaires, veut profiter du boom minier. Il a fait ses premières armes dans la vente de souliers à New York puis à Valley Falls, au Rhode Island.

A Butte, par question de chausser les habitants. En association avec son frère Arthur, Joseph se porte acquéreur de l’hôtel Windsor. Les frères Nadeau investissent aussi dans le domaine minier.

L’article consacré à Joseph Nadeau dans ‘A History of Montana‘ est élogieux. Il y est présenté comme étant un homme d’affaires prospère et un membre en vue de la communauté.  On souligne qu’il est un catholique dévot, membre de la Société Saint-Jean-Baptiste.

Joseph Nadeau. Extrait de 'A History of Montana", volume 2, par Helen Fizgerald Sanders, p. 431
Joseph Nadeau. Extrait de ‘A History of Montana", volume 2, par Helen Fiztgerald Sanders, p. 1081. 1913

Maintenant, quel est le lien entre Joseph Nadeau et le bordel Dumas?

L’édifice abritant le bordel Dumas a été construit par Joseph et Arthur Nadeau. De respectables propriétaires.

Cet édifice, situé au 45 E Mercury S à Butte, a été construit vers 1890, en plein Red light. Le bordel Dumas fut en activité jusqu’en 1982.  90 ans de loyaux services. L’édifice existe toujours.

Et comme tout édifice historique qui se respecte aux États-Unis, l’endroit abriterait un fantôme, celui  d’Elenore Knott, une tenancière de l’établissement.

Bibliographie

SANDERS, Helen Fitzgerald. History of Montana. Chicago et New York, The Lewis Publishing Company, 2 volumes.

GULLIFORD, Andrew. Preserving Western History. University of New Mexico Press, 2005, pages. 418 pages.

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PARTI SANS LAISSER D’ADRESSE [COATICOOK, JUILLET 1891]

UN MÉDECIN MORPHINOMANE [JUIN 1905]

CHRONICLING AMERICA – LES JOURNAUX HISTORIQUES AMÉRICAINS

L’OR DE LA CALIFORNIE: L’ÉPOPÉE DES RIOUX DE TROIS-PISTOLES (1849-1852)

Égarés en forêt [canton Langevin, 1868]

(Je prends une pause de quelques semaines. De retour en septembre)

Cette histoire remonte aux débuts de la colonisation par chez nous.

Le Courrier du Canada, 27 novembre 1868

"Jeudi le 5 du courant, MM. Ferdinand Lecours, cultivateur de Ste. Claire (Dorchester) et Octave Morisset, de Ste. Justine du township Langevin, partaient de cette dernière place pour se rendre à travers le bois au township d’Armagh. Ils avaient environ quatre lieues à faire et devaient revenir trois ou quatre jours après. Les premiers jours de leur retard les amis ne furent pas inquiets, mais lorsqu’ils virent que leur absence se prolongeait, ils commencèrent à craindre. Le jeudi suivant, le 12, plusieurs de leurs amis se mirent à leur recherche en prenant la direction qu’ils avaient dû prendre pour se rendre où ils devaient aller. Comme il était tombé beaucoup de neige après leur départ, leurs amis ne purent trouver les traces de leurs pas; les seules indices de leur passage furent des entailles ou coupes faites aux arbres avec une hache que quelqu’un avait conseillé à Lecours de prendre en partant. Ceux qui cherchaient, suivirent ces entailles jusqu’à environ 9 ou 10 milles où elles finissaient entièrement; ils n’en trouvèrent qu’une sur un seul arbre et dans une autre direction. Ne trouvant rien, ils revinrent sur leurs pas et le 16, une trentaine d’hommes tant de Ste. Claire que de Ste-Justine et de de Ste. Malachie, se mirent de nouveau à faire des recherches qui durèrent plusieurs jours; mais ils ne trouvèrent pas d’autres marques que celles trouvées par les premiers.

M. L. Fortier, notaire de Lévis, est parti hier (25) de Ste. Claire, accompagné d’un chasseur et que quelques autres de leurs amis pour se rendre au lieu communément appelé "les Trappistes" et de là aller à environ 24 à 30 milles à travers le bois pour se rendre à un ancien chantier ou camp d’Américains, maintenant abandonné, qui se trouve près de la rivière St. Jean. C’est la seule habitation dans cette forêt, et on suppose que Lecours ou Morisset, s’étant égarés, peuvent s’y être rendus. Mais comme ils doivent être exténués par le froid et la faim, et qu’il n’y a pas même de sentier de tracé, il leur est impossible de revenir seuls; c’est pourquoi ces amis partent pour aller à leur recherche dans cet endroit.

La paroisse de Ste. Claire et les paroisses environnantes sont dans l’affliction, car Lecours était un des premiers citoyens de Ste. Claire et il était estimé de tous ceux qui le connaissaient.

Il était âgé d’environ 40 ans et Morisset de 24 à 25 ans. – (Communiqué). "

Le 4 décembre 1868, le Courrier du Canada évoque une rumeur plutôt sinistre.

Le courrier du Canada, 4 décembre 1868
Le courrier du Canada, 4 décembre 1868

On a retrouvé Octave Morisset quelques mois plus tard.

Acte de sépulture d'Octave Morisset. Registres de Sainte-Justine (Dorchester, auj. Bellechasse).
Acte de sépulture d’Octave Morisset. Registres de Sainte-Justine (Dorchester, auj. Bellechasse).

La veuve de Ferdinand Lecours,  Emilie Audet dit Lapointe (mariage le 27 août 1850, à Sainte-Claire), s’est remariée le 25 novembre 1872, à Sainte-Justine, avec Misaël Morisset, fils de Charles Morissette et de Théotise Marie Roy. Elle a donc marié le  frère d’Octave Morissette. On retrouve Emilie et Misaël à Sainte-Justine selon recensement de 1881, Misaël étant âgé de 36 ans et Emilie de 49 ans.

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UN DÉTOUR PAR SAINTE-JUSTINE

RENCONTRE FATALE AVEC DES GARDES-CHASSE AMÉRICAINS [1902]

PROJET D’UNE COLONIE BELGE DANS LE CANTON DE LANGEVIN [1871]

21 AUTOCHTONES MORTS DE FAIM DANS LES BOIS [LAC-ST-JEAN, 1907]

Il perd sa famille dans un incendie [canton d'Arthabaska, 1868]

Le Canadien, 2 octobre 1868

"ACCIDENT LAMENTABLE – Dans la nuit de mardi à dimanche, M. Elzéar Guilmet, cultivateur de St. Christophe d’Arthabaska, éveillé par les cris de ses jeunes enfants, s’aperçut que le feu était à sa maison. Les flammes s’étaient déclarées dans un amas de filasse qu’il y avait au grenier, et déjà la partie supérieure de la maison était toute embrasée. Malheureusement, à ce moment, la partie du plancher de haut qui se trouvait au dessus de la porte d’entrée, s’écroula et rendit toute issue par la porte impossible. Cependant, M. Guilmet sortit par une fenêtre pour aller demander du secours à ses voisins, mais dans l’intervalle, Mme Guilmet, jeune femme de 27 ans, se trouvant sans doute fatiguée par la fumée qui remplissait la maison, voulut se sauver avec ses deux enfants âgés de 9 mois et l’autre de 23 mois, et tenta d’effectuer sa retraite par la porte.

La malheureuse mère, sans doute suffoquée par la fumée, ne put opérer sa sortie et périt dans les flammes avec ses deux enfants. A l’arrivé de M. Guilmet, la maison ne présentait plus qu’une masse de flamme et c’est la qu’il eut la douleur de s’apercevoir du sort qu’avait éprouvé sa famille infortunée.

Après que les flammes eussent terminé leur oeuvre de destruction, on trouva les restes calcinés des trois victimes."

Les victimes sont Henriette Gendreau, Joseph-Napoléon (quatre ans et deux mois) et Marie-Arthémise Guilmette (13 mois et demi).

Registres de la paroisse St-Christophe d'Arthabaska
Registres de la paroisse St-Christophe d’Arthabaska

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DÉCÈS DE JACOB FOURNIER, ÂGÉ DE… 134 ANS? [MISSOURI, 1871]

LA COLONISATION DE L’ÎLE D’ANTICOSTI RÉUSSIRA-T-ELLE? [1878]

DES NOUVELLES D’UNE PAROISSE DE COLONISATION: SAINT-ZACHARIE DE METGERMETTE [1881]

LE MOULIN DE METGERMETTE [SAINTE-AURÉLIE, 1874]

Émeute sanglante à Montréal le 9 juin 1853

La Minerve, 11 juin 1853

"DE NOTRE EXTRA D’HIER MATIN
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LECTURE DE CAVAZZI!
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EMEUTE SANGLANTE!

Grand nombre de
MORTS ET BLESSÉS
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La scène disgracieuse arrivée à Québec lundi, à l’occasion d’une lecture de l’ex-moine Gavazzi, s’est renouvelé au milieu de nous hier soir; mais nous avons la douleur d’ajouter que les conséquences en ont été de beaucoup plus fatales. Avec les opinions que nous avons de ce M. Gavazzi, cet apostat renommé, on ne peut s’attendre que nous ferons la tentative de pallier son effronterie, sa persistance audacieuse à défier les croyances et les préjugés religieux d’une population comme celle de Montréal et de tout le Canada, lors même qu’il est bien prévenu que sa présence produira plus de mal que de bien, lorsqu’il sait qu’il sera cause de trouble et de désordre. La simple charité chrétienne, s’il a jamais su bien la pratiquer, comme on l’enseigne dans les monastères qu’il a pu fréquenter, devait lui prescrire une conduite différente."

[...]

Publicité annonçant la conférence de Gavazzi. Extrait du Montréal Witness du 8 juin 1853.
Publicité annonçant la conférence de Gavazzi. Extrait du Montréal Witness du 8 juin 1853.

L’auteur reproche ensuite aux Protestants d’avoir invité Gavazzi à Montréal.

"Hier soir, l’apostat Gavazzi paraissait devant un auditoire nombreux réuni à Zion Church; une foule immense entourait cette église. Les autorités avaient fait leur devoir. Les hommes de la police étaient à leur poste. Les troupes se trouvaient à deux minutes du lieu de réunion. La lecture commença à six heures et demie. Jusque vers les huits heures et un quart tout se passa régulièrement. Les autorités avaient, paraissait-il, réussi à ramener à des sentiments pacifiques cette multitude dont on redoutait la haine et la fureur, mais à peine l’heure où devait se disperser l’auditoire arrivait, que quelqu’excitation se manifesta dans la foule. Les autorités craignant qu’on n’obstruât le passage aux personnes réunies dans l’église, intervinrent et voulure faire rétrograder celles qui se trouvaient au dehors.

Gravure | La troupe tirant sur la foule, émeutes Gavazzi, Montréal, QC, 1853 | M710
La troupe tirant sur la foule, émeutes Gavazzi, Montréal, QC, 1853 par John Henry Walker

Il s’ensuivit nécessairement quelque confusion. Mais tout porte à croire qu’il n’en fut arrivé aucune conséquence déplorable, sans la venue malencontreuse de personnes armées dep istolets et de fusils qui apparurent soudainement au seuil de l’église; sans provocation aucune, ces personnes, tirent feu sur la foule et un jeune homme du nom de Gillespie, tomba frappé à mort par une balle qui lui fracassa le crâne. D’autres au nombre de deux ou trois, furent plus ou moins sévèrement blessés. Le désordre fut alors à son comble et il s’ensuivit une mêlée générale. Malgré les efforts de la police, dont le chef reçut une pierre au front et plusieurs coups de bâton sur la tête, le tumulte allait toujours croissant. Les troupes à la réquisition des autorités furent en un instant sur les lieux. L’acte de riot fut immédiatement lu. Ici nous devons nous arrêter un moment. Beaucoup de citoyens paisibles qui regardaient à quelque distance ce qui se passait alors, sans se douter le moins du monde que lecteur eut été donnée de l’acte de riot, se trouvèrent exposés au feu des troupes. La décharge eut lieu dans un moment où peu de monde s’y attendait, et par suite de cette précipitation, quelques personnes furent sévèrement blessées, au nombre desquelles il s’en trouve dont on désespère de conserver la vie.

Il faut dire aussi que les personnes sur le lieu de l’émeute pouvaient plus facilement juger de l’opportunité d’un tel ordre que celles qui en étaient plus éloignées.

Durant la première tentative qui fut faite pour entrer dans l’église il y eut une mêlée sérieuse entre la police et la foule; plusieurs coups de feu, fusils et pistolets, furent tirés et la foule fut repoussée avec deux ou trois morts ou blessés. Voici les noms de quelques unes des victimes:

 

James Welch, mort.

Beaudoin, homme de police blessé dangereusement.

Daniel McGrath et James Joyce, tous deux grièvement blessés.

Peter Gillespie, mort.

McCaulay et Wallace, grièvement blessés.

Hutchisson, mort.

Crosby, Clarke, mort.

Hudson, mort.

Adams, fils du conseiller Adams, mortellement blessé.

J. O’Neil, blessé sans espoir.

Clare, blessé à la jambe.

M. Hibbert, de la Longue-Pointe, blessé au pied.

Patrick Guy, blessé au talon.

Chipman, blessé au côté.

Stevenson, sévèrement blessé à l’épaule.

Un neveu de M. McKay, rue St. Paul, blessé à la jambe.

Un homme inconnu mort, dans la maison du Dr. McDonell.

Sidney Jones, légèrement blessé.

Un jeune homme a été tellement blessé qu’il a fallu lui amputer les jambes, à l’Hôpital.

Photographie | Émeute Gavazzi, place du marché à foin, Montréal, QC, gravure, 1853, copie réalisée vers 1910 | MP-0000.812.2
Émeute Gavazzi, place du marché à foin, Montréal, QC, gravure, 1853, copie réalisée vers 1910

On comprend facilement qu’il y a eu une foule d’autres blessures plus ou moins graves, car après le feu, on vit les cabs se rendre en toute hâte en grand nombre, chez tous les divers médecins de la ville. Il nous est impossible pour le moment de constater l’étendue du malheur. Nous le pourrons dans le cours de ce jour.

Nous sommes informés que l’ordre donné aux troupes de tirer sur la foule ne venait pas du maire, et nous croyons que les autorités civiques ont fait de grands efforts pour prévenir le conflit. Nous espérons qu’on va prendre des moyens efficaces pour empêcher le renouvellement de pareilles scènes, puisqu’il est impossible de compter assez sur le bon esprit des gens.

Gavazzi a été reconduit de l’église au St. Lawrence Hall, au milieu de deux haies de soldats qui ont passé la nuit en face de cet édifice. La résidence du maire, et la station de police ont aussi été gardées par les troupes durant la nuit.

Nous regrettons d’apprendre que Gavazzi annonce une seconde lecture pour ce soir, et nous demandons en grâce à nos co-religionnaires de le laisser ne paix régler ses affaires de conscience comme il l’entend. Que l’affreuse tragédie d’hier soir ne se renouvelle pas.

AUTRES DETAILS SUR L’ÉMEUTE SANGLANTE
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Depuis que notre extra d’hier est écrit, nous avons pu nous procurer les renseignements suivants:

James Pollock, homme âgé, a été tué, plusieurs balles lui ayant traversé le corps.

W. H. Clare, teneur de livres chez MM. Lyman & Cie, droguistes, qui a reçu une balle au pied, a été obligé de se faire faire une amputation au pied.

Pendant que M. Sidney Jones parlait à quelqu’un, presque vis-à-vis, l’Elise Zion une balle vint lui enlever le pouce.

Un jeune homme du nom de Benally, apprenti chez Alex. Wallace,a reçu une balle dans le pied gauche. On ne croit pas la guérison possible.

Un autre jeune homme, du noms de McRae, fils de James McRae, blessé. On ne croit pas qu’il survivra à ses blessures.

Un autre jeune homme du nom de Clendinen, employé dans le bureau du journal le Sun blessé à la jambe.

Une autre personne du nom de Little, teneur de livres chez MM. Savage & Cie, a reçu deux blessures, une dans le côté droit et l’autre dans le dos et un coup de couteau sur la tête. On ne croit pas qu’il survive à ses blessures.

Wm. Lennon a été poignardé; on désespère de le sauver.

Andrew Thompson, fils de W. Thompson, manchonnier, frappé dans le bras gauche."

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LA PRISON DE BORDEAUX EN 1912

EMEUTE DU 1ER AVRIL 1918 CONTRE LA CONSCRIPTION [QUÉBEC]

L’ENTERREMENT DE JOSEPH GUIBORD [MONTRÉAL,1875]

UN AIR DE FAR WEST CHEZ JOE BEEF [MONTRÉAL, NOVEMBRE 1887]

La fête des orangistes à Montréal en 1877

La Minerve, 12 juillet 1877

"LE 12 DE JUILLET. – La célébration de la fête des orangistes n’a pas été accompagnée des désordres que l’on redoutait, quoiqu’on ait déjà à déplorer une victime.

La procession n’a pas eu lieu, mais toute la matiné [sic] une foule nombreuse a stationné dans la rue St. Jacques, en face de la loge orangiste, et sur la rue Dorchester devant le Knox Church, où le service du jour a été célébré. Les orangistes s’y sont rendus par petits groupes, et sans insignes, ce qui a empêché les troubles, et ils sont sortis sans être inquiétés.

Vers une heure, au moment où on pensait d’une certaine façon que tout danger avait disparu, on vint annonce à la station centrale de police qu’un homme venait d’être tué en face du magasin de M. Clendinneng, rue McGill, au coin de la rue Craig. Les renseignements que nous avons reçus sur cet événement sont tellement contradictoires que nous ne les donnons que sous toutes réserves, sauf à rétablir la vérité dans notre prochaine édition.

Page frontispice du Canadian Illustrated news  du 21 juillet 1877.
Page frontispice du Canadian Illustrated news du 21 juillet 1877.

Vers une heure et demi un individu poursuivi par plusieurs personnes s’est précipité dans le magasin de M. Clendinneng et a essayé de se débarrasser de ses agresseurs en les frappant. Au même moment une détonation, suivie de plusieurs autres, se fit entendre et il tomba frappé d’une balle qui l’atteignit à la tête. La foule se dispersa presqu’aussitôt et lorsque la police arriva tout était rentré dans le calme.

Acte de sépulture de Thomas Lett Hackett. Registre Christ Church Cathedale, Family Search
Acte de sépulture de Thomas Lett Hackett. Registre Christ Church Cathedale, Family Search

Un nommé Giroux a été blessé gravement à la cuisse et on assure qu’une femme a été atteinte.

Le défunt a été transporté à la morgue de la rue Perthuis et par les papiers qu’on a trouvé sur lui on a établi qu’il se nommait J. L. Hackett et qu’il était employé chez M. MacMaster, marchand de peintures. Il paraît âgé de 23 ans.

Thomas Lett Hackett. Canadien illustrated news, 28 juillet 1877
Thomas Lett Hackett. Canadien illustrated news, 28 juillet 1877

On prétend qu’il portait à la boutonnière un ruban couleur orange, mais ce renseignement n’est pas confirmé.

La conduite du chef de police a été admirable; sachant parfaitement qu’un déploiement de force ne ferait qu’irriter la foule, il a consigné ses hommes dans les stations, tout en dépêchant dans les différentes rues où on redoutait des troubles, des émissaires qui le mettaient au courant des événements.

Il faut espérer que ce déplorable événement sera le seul que nous aurons à mentionner."

Pour ce qui est des funérailles, vous pouvez lire le compte-rendu publié dans la Minerve. Le texte qui suit a paru dans le Canadien de Québec.

Le Canadien, 17 juillet 1877

L’ENTERREMENT DE HACKETT

"L’enterrement de Hackett, tué à Montréal, jeudi dernier, dans les circonstances que l’on connaît, a eu lieu hier après-midi, à trois heures. Les orangistes, au nombre de cinq ou six milles, ont suivi le convoir funèbre. Plusieurs cents orangistes étaient venus du Haut-Canada, pour la circonstance. La marche de la procession a été protégée par la police et les militaires.

Procession funéraire lors de l'enterrement de T. L. Hackett. Canadien illustrated news, 28 juillet 1877
Procession funéraire lors de l’enterrement de T. L. Hackett. Canadien illustrated news, 28 juillet 1877

Il n’y a pas eu de troubles sérieux durant l’enterrement. Il y a eu un moment d’émoi sur la rue St. Jacques. Une femme orangiste ayant voulu faire sentir un lis jaune à une femme irlandaise, celle-ci a arraché le bonnet à sa voisine. Des cris de "au meurtre" se sont fait entendre et une panique s’en est suivie. Un homme a été arrêté et une vieille femme s’est fait renverser et contusionner.

Il y a eu quelques autres bagarres le long de la route suivie par la procession. Heureusement, on n’a aucune perte de vie à déplorer.

Le soir, on prétend que des orangistes qui s’en retournaient à la Pointe St. Charles ont été attaqués près du pont Wellington. Un jeune homme a été blessé par deux balles, dont l’une l’a atteint au cou et l’autre dans le dos. Le blessé a été transporté à l’hôpital."

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SOCIÉTÉ D’HISTOIRE DU PROTESTANTISME FRANCO-QUÉBÉCOIS

Où est Daniel Fynn? [Montréal, 1913]

La Patrie, 24 juin 1913

"UN MORT QUI EST EN PRISON

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ON DÉCOUVRE QUE DANIEL FYNN, QUE L’ON A FAIT INHUMER APRES L’AVOIR REPECHE DU FLEUVE, PURGE UNE SENTENCE EN PRISON

Etre au cachot et être en terre, sont deux situations qui ont plus ou moins de charmes, mais qui diffèrent un peu l’une de l’autre, cependant.

Dans le présent cas, le mort qui est en prison, ou le prisonnier qui est mort – le mystère n’est pas encore éclairci, – se nomme Daniel Fynn.

Il y a quelques temps, on annonçait qu’un individu s’était jeté à l’eau, au bout du quai de la ligne Allan, ce qui était une manière comme une autre de nager, ou si l’on préfère, de courir à la mort.

Ces jours derniers, un cadavre fut repêché, transporté à la morgue, reconnu par sa soeur, Mme Mary Fynn, qui habite 36 rue Tessier.

Le coroner déclara qu’il s’agissait d’une mort accidentelle, puis il donna un permis d’inhumer. Mlle Tessier, à ses propres frais, fit chanter un service pour le repos de l’âme de Dane puis, après la funèbre cérémonie, accompgna jusqu’au cimetière la dépouille mortelle.

Ici l’histoire devient plus intéressante, et, voici comment.

Vers 11.30, ce midi, un homme se présente à la morgue, et déclare qu’il est le frère de Mlle Fynn – ce qui peut arriver sans miracle, – et il ajoute, énervé, que sa soeur s’est trompé, et que son frère Dan, qu’elle a fait enterrer et qu’elle a reconduit au cimetière est actuellement en prison où il purge une sentence de 15 jours – ce qui semble un mystère."

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LA PRISON DE BORDEAUX EN 1912

L’ÉMEUTE DE LA PRISON SAINT-VINCENT-DE-PAUL [LAVAL, 24 AVRIL 1886]

LES ENLÈVEMENTS DE CADAVRES [1883]

QU’EST-IL ARRIVÉ À THOMAS DAVIS? (SHERBROOKE, 17 FÉVRIER 1884)